Intervention du Préfet Pierre de Bousquet à l'occasion du conseil métropolitain de Montpellier Méditerranée Métropole lundi 12 janvier 2015

 
 

Monsieur le président du conseil métropolitain de Montpellier Méditerranée Métropole,

Mesdames et messieurs les conseillers métropolitains,

Mesdames et messieurs les élus venant d’autres collectivités

Mesdames, messieurs,

Dans les périodes éprouvantes comme celle que nous traversons, parmi les responsabilités qui nous incombent, après le devoir premier qui est d’assurer la sécurité de nos concitoyens, figure celui de poursuivre l’action au quotidien, meilleur démenti à la peur et au renoncement que les adversaires de nos libertés voudraient nous infliger. Maintenir la manifestation qui nous réunit aujourd’hui était donc, à cet égard, très légitime.

Je vous remercie, Monsieur le Président, de m’avoir convié à cette symbolique installation du nouveau conseil métropolitain de Montpellier Méditerranée. Métropole. Il est rare qu’un représentant de l’État se rende ainsi à une séance d’une instance délibérative locale. Mais l’événement le mérite, tant il est un jalon important dans l’histoire de Montpellier et de son agglomération.

Le Gouvernement a engagé, depuis 2012, de nombreuses réformes, toutes orientées vers la reconquête de notre compétitivité et pour l’emploi. La réforme territoriale en est une, essentielle. Elle comprend la création de treize nouvelles régions dont celle regroupant le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Elle  propose aussi la clarification de la répartition des compétences entre chaque niveau de collectivités locales. Elle passe enfin par une nouvelle réflexion stimulante sur la carte et les compétences de nos intercommunalités. La réforme territoriale entend donc transformer pour plusieurs décennies l’architecture territoriale de notre République.

Au cœur de la réforme territoriale figure l’affirmation des métropoles. Cette volonté s’appuie sur les bouleversements démographiques profonds de notre pays. La France a profondément changé ces trente dernières années. Elle a gagné dix millions d’habitants, les limites anciennes entre villes et campagnes s’estompent de plus en plus, les trois quarts de la population se concentrent sur 20 % du territoire....

L’agglomération de Montpellier est à cet égard caractéristique de ces bouleversements territoriaux et démographiques. Elle ne comptait qu’un peu plus de 320 000 habitants en 1990, tandis que les récentes projections de l’INSEE prévoient une métropole de 500 000 habitants à l’horizon 2030. Montpellier et son agglomération sont une sorte de « surprise » de l’histoire urbaine de notre pays, née de la vision de Georges Frêche sans doute, mais aussi des fruits portés par la Mission RACINE des années 60. A ces bouleversements démographiques, il faut ajouter l’accélération de la mondialisation et l’élargissement de l’Union Européenne, auxquels notre région est sensible par sa proximité avec l’Espagne et son ouverture sur le monde méditerranéen. Pour s’inscrire dans ce jeu, il faut être fort.

Avec l’affirmation des métropoles, le Gouvernement veut donner à ces territoires singuliers les meilleures chances de promotion, ainsi que la capacité à participer au redressement économique de la France. C’est ainsi qu’au 1er janvier 2015 dix métropoles sont nées, dont celles de Montpellier et de Toulouse. La métropole de Montpellier, avec celle de Brest, différait cependant des autres car elle devait passer par le libre consentement des communes la composant.

Je voudrais inviter là-dessus : le Gouvernement et la représentation nationale ont voulu donner une chance à la métropole de Montpellier, même si elle ne répondait pas aux critères de droit commun, c’est-à-dire un ensemble de plus de 400 000 habitants dans une aire urbaine de plus de 650 000 habitants. Une chance compte tenu de la croissance encore à venir de sa population.

Et puis, permettez-moi une notation plus personnelle : je voudrais rendre hommage à Philippe SAUREL, élu Maire et Président de l’Agglomération en mars 2014, pour avoir su aussi finement convaincre une très grande majorité de ses collègues maires de ne pas craindre la création de la métropole. En effet, 26 des 31 communes de la communauté d’agglomération, représentant plus de 95 % de la population concernée, se sont prononcées favorablement sur cette transformation.

Qu’est-ce qu’une métropole ? L’institution a surtout pour objet de valoriser les fonctions économiques métropolitaines et ses réseaux de transport, de développer les ressources universitaires, de recherche et d’innovation. Elle assure également la promotion internationale du territoire. Elle est compétente en matière d’aménagement de l’espace grâce au plan local d’urbanisme intercommunal. Elle doit – comme je l’ai déjà dit – être un dynamique catalyseur de croissance et de création d’emplois. Elle pourra ensuite demander au Conseil régional le transfert des compétences liées aux lycées ou au développement économique, au Conseil Général le transfert des compétences liées à l’insertion, aux routes ou aux collèges, à l’État les compétences liées au logement des plus démunis. La métropole de Montpellier pourrait donc devenir à terme, et sous réserve d’une volonté politique partagée, l’administration territoriale principale, sinon quasi unique au sein de son périmètre d’intervention.

Il manquera toutefois à votre métropole 2 infrastructures majeures : un aéroport et un port. C’est pour cela qu’au-delà de votre territoire actuel, il est si important de jeter des ponts vers les territoires voisins, proches comme le Pays de l’Or ou Thau Agglo, ou plus lointain comme ceux de Nîmes, de Béziers ou de Lodéve. Mais je comprends que s’esquisse déjà le principe d’un pôle métropolitain et l’État l’accompagnera dans sa création.

Un autre enjeu de la création de la métropole de Montpellier est de pouvoir répondre au défi national d’une plus grande maîtrise de nos finances publiques. Certes, la transformation en métropole permettra à cet EPCI au moins de consolider la dotation de l’Etat. Mais il vous faudra également réfléchir aux possibilités de mutualiser, dans un avenir très proche, les compétences -et donc les services- de la métropole et ceux des communes, et pas uniquement ceux de la commune-centre. Pour 2015, j’ai accepté que des conventions transitoires parent au plus pressé, afin d’assurer la continuité du service public et la sécurité juridique du statut des personnels. Au-delà, il faudra mutualiser, tout en préservant – je sais, Monsieur le président, que vous y êtes attaché – la collégialité dans la prise de décision liée aux compétences obligatoires. Ce chemin vers davantage de mutualisation et d’intégration intercommunale est un des plus sûrs moyens de répondre aux contraintes budgétaires qui resteront, je le crains, importantes toutes ces prochaines années.

L’État a souhaité l’émergence de Montpellier Métropole Méditerranée et l’État continuera à accompagner cette métropole. Nous aurons à discuter très prochainement du volet métropolitain du contrat de plan État – Région dont le protocole d’accord a été signé par le Premier Ministre le 22 décembre 2014. Ce volet métropolitain comprendra des engagements territorialisés dans les domaines de l’enseignement supérieur, de la recherche, des transports [avec par exemple un financement important prévu pour le contournement ouest de Montpellier], de l’emploi, du numérique [afin d’accompagner l’octroi récent par l’État du label French Tech], de l’innovation... Les grands chantiers en cours que sont le déport de l’autoroute A9 et la prolongation de la ligne ferroviaire à grande vitesse jusque Montpellier amplifieront les premiers effets de la création de la métropole. Sans oublier la future gare nouvelle de Montpellier dont la déclaration d’intérêt général, signée par le président de RFF le 31 décembre dernier, m’a été notifiée la semaine dernière. Nous poursuivrons évidemment nos études sur la future ligne nouvelle Montpellier – Perpignan.

Comme vous le constatez, les chantiers sont nombreux. Le succès de la construction de Montpellier Méditerranée Métropole est un enjeu essentiel, un enjeu national. Vous avez tous su comprendre que la création de cette métropole était aussi stratégique pour constituer à l’est de votre future grande région un pôle d’équilibre. Ainsi cette métropole, qu’on souhaite rayonnante, aura-t-elle un effet entraînant  bien au-delà de ses frontières administratives ; elle apportera  croissance et équilibre aux territoires ruraux et urbains qui entourent. Alors, au nom de l’État et du Gouvernement, je vous félicite sincèrement pour cette création, 50 ans après la création du district de Montpellier en janvier 1965.

Je vous remercie de votre attention.